La course contre la montre du développement des services publics essentiels face à l’urbanisation accélérée du continent

L’Afrique s’urbanise à grande vitesse. Sa population urbaine a été multipliée par deux depuis l’an 2000 et devrait à nouveau doubler dans les vingt années à venir. A horizon 2040, le continent devrait héberger près d’un milliard d’urbains, qui représenteront plus de la moitié de sa population totale.

Cette urbanisation galopante s’accompagne de défis considérables en termes d’accès des populations aux services essentiels que sont l’eau potable, l’assainissement ou encore le traitement des déchets, dans des villes dont l’extension et la densification s’accélère. Le problème se pose autant en termes de qualité de vie que de santé publique, dans un contexte où, à ce jour, seuls 25% des foyers urbains d’Afrique subsaharienne disposent d’un accès à l’eau courante, et 35% sont raccordés au tout-à-l’égout[1]. L’Organisation des Nations Unies a identifié ces sujets comme prioritaires en faisant de l’« accès à une eau propre et accessible » l’objectif de développement durable (ODD) n°6, et de la gestion des déchets un axe structurant de l’ODD n°11 portant sur les « villes et communautés durables ».

La réponse à ces défis doit venir d’une action conjointe et concertée des gouvernements, des bailleurs internationaux et du secteur privé, local comme international.

Les gouvernements doivent généraliser la planification et la régulation de l’espace urbain en instaurant un recours accru aux schémas de développement urbains et autres plans d’urbanismes, basés sur une vision à moyen et long-terme. Cette démarche permettra aux autorités d’agir en avance de phase dans la définition et la priorisation des projets de développement d’infrastructures de première nécessité. Elle devra s’accompagner d’un renforcement des institutions chargées de mettre en œuvre cette planification, autant sur le plan des ressources financières que sur celui de la capacité d’action.

Les bailleurs internationaux doivent prendre la mesure des impacts considérables de la pénurie de services de base dans les villes africaines sur les plans sanitaires, économiques, environnementaux et sociaux. Ils doivent mieux coordonner leur action en vue de faciliter le développement de ces services, via l’aide directe aux gouvernements ou le soutien au secteur privé (investissement direct dans le secteur privé local, soutien aux entreprises internationales capables de fournir lesdits services).

Enfin, le secteur privé peut jouer lui aussi un rôle critique en mettant à profit sa capacité d’innovation pour inventer de nouveaux produits et business models à même de palier une partie des carences étatiques, tout en tenant compte des ressources financières limitées des usagers. Ainsi, les startups kényanes Jibu[2] et Sanergy[3] ont-elle développé avec succès des systèmes facilitant l’accès à l’eau potable pour la première et à des équipements d’assainissement autonome pour la seconde, basés sur la création et la responsabilisation d’un écosystème entrepreneurial local.

Les défis représentés par l’urbanisation du cadre de vie des populations africaines sont nombreux, mais les moyens d’y répondre le sont tout autant. Pragmatisme, concertation et ambition doivent guider l’action de toutes les parties prenantes dans la course contre la montre qui s’engage.

Sources :

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