Diallo

Contexte

Depuis un certain nombre d’années, la ville de Dakar est caractérisée par un défaut de végétalisation. Cette situation est le résultat d’une croissance urbaine non maitrisée. Les espaces publics à Dakar font face à des convoitises foncières intenses qui résultent en partie de l’explosion du marché de l’immobilier et de l’inefficacité de la planification et de la gestion urbaines.

De plus, les rares espaces verts de Dakar sont mal entretenus et leurs fonctions complètement extraverties. Ces endroits qui devaient être des lieux de détente et de socialisation, de conservation des écosystèmes et de production du vert, sont aujourd’hui transformés en dépotoirs et constituent souvent des niches de violence.

En outre, malgré des tentatives d’intégration des acteurs agricoles informels (fleuristes et maraichers notamment) par des collectivités territoriales dans l’espace intercommunal de la CADAK, la précarité caractérise les espaces occupés par ces acteurs qui sont exposés à des déguerpissements avec comme conséquences des pertes d’emplois et de revenus et la disparition du caractère esthétique des installations horticoles.

La pression foncière expose également les producteurs agricoles en zone urbaine et péri-urbaine à une réduction drastique des lieux de production agricole et par conséquent à une diminution de la production agricole. Ainsi, pour faire face à la réduction de la production, les acteurs agricoles informels se tournent vers une utilisation abusive des engrais chimiques et des pesticides qui peuvent dégrader les sols, les eaux souterraines, détériorer la qualité des légumes produits et affecter la santé des producteurs.

À côté de ces défaillances dans l’aménagement urbain, Dakar, centre névralgique de l’économie sénégalaise, à l’instar de certaines grandes villes africaines, est confrontée à une gestion déficiente de ses déchets solides. En effet, malgré les moyens techniques et financiers importants déployés pour le nettoiement, l’enlèvement et l’élimination des déchets, l’insalubrité et la dégradation des ressources environnementales par les déchets persistent. Ainsi, la décharge de Mbeubeuss qui accueille tous les déchets solides produits dans la région de Dakar depuis 50 ans demeure une source majeure de contamination des sols, des ressources en eau, de l’agriculture urbaine, des élevages et de la santé des récupérateurs et des populations riveraines. Sénégal, d’après les études récentes de caractérisation des déchets produits, en plus des matières fines, les déchets solides ménagers contiennent une importante proportion de déchets organiques (environ le quart à Dakar). Malheureusement, ces déchets organiques restent peu valorisés et leur décomposition en anaérobie (en absence d’oxygène) notamment à la décharge de Mbeubeuss contribue fortement au réchauffement climatique, à travers l’émission de grandes quantités de méthane, un puissant gaz à effet de serre.

A travers ce projet, il s’agira de déterminer les synergies nécessaires pour que les espaces publics, notamment paysagers, puissent servir l’aménagement urbain, l’agriculture et la gestion des déchets. Pour cela, il est proposé l’intégration d’une dimension productive à l’aménagement et l’exploitation de ces espaces publics par la production maraîchère et de plantes florales, fruitières ou forestières, accompagnée par une valorisation des déchets organiques ménagers. Dans un contexte de compétitivité territoriale où les villes sont appelées à rendre leurs territoires plus attractifs pour atteindre un développement urbain durable. Il est nécessaire de revoir le modèle de planification et de gestion urbaine et d’innover pour s’adapter aux évolutions et bouleversements en cours dans nos territoires.

Ce modèle de développement urbain alternatif pourrait s’appuyer sur l’aménagement d’espaces verts dans les villes à travers une agriculture urbaine qui valorise les déchets organiques. En effet, des expériences de terrain ont montré la capacité de l’agriculture urbaine à se positionner comme une réponse pertinente pour accroitre la résilience des villes en termes de sécurité alimentaire, de création d’emploi et de revenus, de préservation des écosystèmes urbains et d’amélioration du cadre de vie. C’est le cas du programme des Jardins communautaires de la ville de Montréal, né d’une volonté d’un groupe de citoyens qui voulait donner une vocation utilitaire à un terrain laissé vacant. Ces terrains permettent aujourd’hui aux populations de pratiquer le jardinage en contribuant au mieux-être de la collectivité à travers le renforcement des liens sociaux, l’embellissement du milieu et la production d’aliments nutritifs.

Par ailleurs, ces jardins constituent des lieux d’encadrement qui permettent aux populations de recevoir des conseils pratiques de jardinage, de faire l’apprentissage de nouvelles techniques horticoles qui, tout en respectant les sols, permettent d’en augmenter le rendement, de développer et de partager un savoir-faire.

 

Objectifs

L’objectif général que vise ce projet d’étude et de réalisation est de requalifier les espaces publics à Dakar par l’agriculture urbaine durable. A cet objectif général se rattachent les objectifs spécifiques ci-dessous :

  • Faire l’inventaire et la caractérisation (agronomique et pédologique notamment) des jardins publics et espaces verts dans la ville, avec une mise en évidence des activités qui y sont exercées, des acteurs présents, des modes d’exploitation, des difficultés etc.
  • Aménager certains jardins publics en lieux de production horticole, de plantes florales, forestières et fruitières tout en préservant le caractère public des espaces
  • Valoriser les déchets organiques provenant des ménages riverains comme fertilisant dans les espaces verts
  • Documenter le projet en mettant en évidence les résultats obtenus, les enseignements tirés et les perspectives d’actions et formuler un programme pluriannuel de requalification des espaces publics sur le territoire